
Les Knife sont à la musique électronique ce que Mile Davis est au jazz. Ce sont des précurseurs et pas seulement au niveau sonore. Ils sont connus pour jouer derrière masques et déguisements, alors que les scènes sur lesquelles ils se produisent sont métamorphosées par des projections de lumières et de vidéos.
Précurseurs encore, de par leur utilisation du vocoder et pour le travail qu’ils ont effectué avec la compagnie Hotel Pro Forma sur la vie de Charles Darwin avec l’album Tomorrow, In a Year !
Karin Dreijer Andersson et Olof Dreijer ont commencé à jouer dans les années 2000, mais il a fallu attendre 2006 et l’album Silent Shout, pour les voir acquérir une renommée bien méritée. En 2009 Karin tente l’épopée solo, avec succès, sous l’alias Fever Ray, alors que de son côté Olof nous offrait un remix de Kuar, la chanson de Emmanuel Jal et sortait une série de maxi sous le nom de Oni Ayhun.
Le dernier album des Knife, judicieusement intitulé Shaking The Habitual a été attendu près de 7 ans par les fans. Faisant suite à Deep Cut, qui a durablement marqué les auditeurs et le monde de la musique électronique, l’absence du duo commençait à se faire longue.
Cet album est donc d’emblé plus qu’un simple retour, c’est aussi une réunion entre le frère et la sœur, tous deux forts d’une expérience solo qui a grandement influencé leur travail sur ce nouvel opus. Celui-ci a très vite était qualifié d’épique tant il rassemble des points originaux.
C’est tout d’abord la longue durée des pistes qui avoisinent très souvent les 6 minutes. Ce qui permet aux chansons de passer d’une atmosphère à l’autre de façon assez oser. On pense notamment ici à Without You My Life Will Be Boring et son électro qui tire sur des sons plus orientaux et bien évidemment à Full of Fire et ses 9 minutes, qui fait la part belle à une construction électro minimale et progressive.
Mais aussi ce véritable message qu’annonce sans détour le titre de l’opus: Shaking The Habitual.
On comprend clairement qu’ils remettent en question la société dans son ensemble, ainsi que leur propre place dans celle-ci, avec des chansons et des vidéos aux parties pris tel que Full Of Fire et son clip réalisé par Marit Östberg, connue pour sa sérié de mini porno féministe, Dirty Diaries. Ou encore avec la vidéo de A Tooth For An Eye dans laquelle une jeune fille prend les commandes d’un groupe d’homme et leur apprend peu à peu, une chorégraphie à suivre.
Shaking The Habitual, donne aussi un coup de pied dans la méthode des Dreijer. Comme ils l’affirmaient eux même, beaucoup des nouvelles chansons sont issues d’un jeu live, enregistré lors de sessions d’improvisation. Bref, autant dire que certaines chansons sont le fruit de véritable expérimentations et c’est en partie ici que réside la magie du nouvel album.
Pour autant avec un album de The Knife on retrouve évidemment les ingrédients qui ont fait le succès du groupe. C’est bien sur cette limite entre la deep élèctro et les rythmes tribaux. Comme dans l’entrainant Ready To Loose. Ou encore le fameux chant pop iconoclaste de Karin, qui ici, n’hésite pas à briser son propre vibrato, lui offrant ainsi une autre dimension qui s’allie bien plus facilement au message qu’ils exploitent ici.
Difficile d’établir si ce dernier opus s’inscrit dans la continuité des précédents albums tant il tente de brouiller les pistes. Mais c’est avec plaisir que l’on reconnait et apprécie les principales clés qui ont fait de The Knife l’un des groupes phare de ses dix dernières années.




















